Entre vallons et zones humides, le Poitou-Charentes abrite une biodiversité riche, mais qui aujourd’hui est bien fragilisée. Au cœur de ce territoire, des sites comme la vallée de Fontdouce témoignent de la beauté et de la fragilité de ces écosystèmes. Observer ce qui nous entoure c’est mieux comprendre l’urgence de protéger une nature précieuse, parfois méconnue.
Un ancien terroir naturel aujourd’hui sous surveillance
Le Poitou-Charentes, aujourd’hui intégré à la Nouvelle-Aquitaine, est l’une des anciennes régions françaises où les milieux naturels sont les plus variés grâce à des espaces comme : les marais poitevins, les bocages charentais, les forêts de feuillus, les prairies sèches, les pelouses calcaires, les vallées ombragées… La diversité des habitats favorise la présence d’un grand nombre d’espèces, parfois très exigeantes, et particulièrement affectées par le moindre changement écologique.
Les bilans régionaux consacrés à la biodiversité dressent depuis quelques années un constat alarmant : de nombreuses espèces animales et végétales sont aujourd’hui menacées d’extinction, et certaines ont déjà disparu localement. Les observations réalisées dans les vallées abritées, comme celle qui entoure Fontdouce, confirment cette tendance : moins d’oiseaux nicheurs, moins d’insectes, des plantes autrefois communes devenues rares.
Oiseaux : un déclin qui ne cesse de s’accentuer

Les oiseaux sont de véritables témoins de la santé des milieux naturels. Et en Poitou-Charentes, le message est clair : près d’un oiseau nicheur sur deux est aujourd’hui menacé.
Parmi les espèces emblématiques dont les populations chutent fortement :
- la Bécassine des marais, victime de la disparition des prairies humides ;
- l’Alouette calandrelle, qui dépend des mosaïques agricoles traditionnelles ;
- le Faucon pèlerin, sensible aux dérangements et à la raréfaction de ses proies ;
- la Gorgebleue à miroir, autrefois fréquemment aperçue dans les zones humides.
Même des espèces familières du paysage rural connaissent des baisses inquiétantes : Hirondelle rustique, Moineau friquet, Tarier pâtre, chouettes et hiboux. La vallée de Fontdouce, faisant le lien naturel entre les prairies et les espaces forestiers, observe elle aussi cette diminution progressive : certains chants se font de plus en plus rares chaque année.
Les causes sont multiples : urbanisation, fragmentation des milieux, intensification agricole, emploi de pesticides qui diminuent la ressource en insectes. Beaucoup d’oiseaux insectivores souffrent d’une forme de famine silencieuse : la nourriture disparaît avant même qu’ils aient le temps de se reproduire.
Des plantes qui se raréfient

Si la faune attire souvent l’attention, la flore locale subit elle aussi une érosion spectaculaire. Les orchidées sauvages, autrefois présentes par dizaines dans certains coteaux calcaires, sont devenues fragiles. Dans la région comme dans la vallée de Fontdouce, on peut encore rencontrer des espèces remarquables comme :
- l’Ophrys abeille,
- l’Orchis incarnat,
- le Sérapia langue.
Ces plantes fragiles dépendent des pratiques agricoles extensives, et se sentent bien sur des sols préservés grâce aux fauches tardives par exemple. La disparition de ces méthodes traditionnelles entraîne le recul de nombreuses espèces qui avaient besoin de milieux ouverts et peu fertilisés pour se maintenir.
Les zones humides, elles aussi essentielles, abritent des plantes rares comme l’Épipactis des marais ou certaines espèces de plantes aquatiques du genre renoncule.Mais ces milieux disparaissent plus vite qu’ils ne se restaurent.
Insectes, reptiles et amphibiens : des groupes en grande souffrance
La raréfaction des insectes est parfois moins visible à l’œil nu, mais ses conséquences sont immenses. Papillons, libellules, abeilles sauvages et coléoptères jouent un rôle fondamental dans la pollinisation, la fertilité des sols et l’alimentation de nombreux oiseaux.
Dans les bois et prairies de Fontdouce, comme dans l’ensemble du Poitou-Charentes, certaines espèces autrefois communes se font aujourd’hui de plus en plus rares :
- le Cuivré des marais,
- le Flambé,
- le Damier de la succise,
- ou encore des agrions et libellules très sensibles à la qualité de l’eau.
Les amphibiens — grenouilles, tritons, salamandres — souffrent également. Leur cycle de vie dépend de mares temporaires ou permanentes, souvent comblées ou polluées. Dans les vallées boisées et les ruisseaux proches de Fontdouce, certaines espèces se maintiennent mais deviennent plus localisées, parfois confinées à quelques points d’eau.
Des pressions humaines de plus en plus fortes
Plusieurs facteurs expliquent ce déclin généralisé :
1. L’intensification agricole
Monocultures, disparition des haies, drainage des zones humides et pesticides réduisent drastiquement les habitats et les ressources alimentaires.
2. L’artificialisation des sols
Zones commerciales, lotissements, routes et parkings fragmentent les milieux et empêchent les espèces de se déplacer librement.
3. La pollution lumineuse
Elle perturbe les insectes nocturnes, les chauves-souris qui sont très présentes dans les vallées du secteur et même certains oiseaux migrateurs.
4. Le dérèglement climatique
Sécheresses, canicules et hivers doux perturbent les cycles : floraison trop précoce, manque d’eau pour les amphibiens, baisse de nourriture pour les oiseaux.
5. Les espèces invasives
Certaines plantes envahissantes étouffent la flore locale, tandis que des insectes comme le frelon asiatique affaiblissent les pollinisateurs.
Fontdouce : un exemple de coexistence entre loisirs et sensibilisation

Dans un site naturel comme celui où se trouve le Parc Aventure de Fontdouce, l’enjeu est particulier : comment accueillir des visiteurs tout en respectant la faune et la flore locales ?
Plusieurs actions permettent d’allier loisirs, pédagogie et biodiversité :
- Préservation des arbres et boisements anciens, véritables habitats pour oiseaux et chauves-souris ;
- Maintien de zones non piétinées pour les plantes sensibles ;
- Gestion raisonnée des espaces pour limiter les dérangements pendant les périodes de reproduction ;
- Fauchage tardif pour permettre la reproduction de certains insectes
L’objectif est de montrer que nature et aventure peuvent coexister intelligemment, à condition de connaître les espèces locales et de les respecter. Le parc devient alors un relais de sensibilisation, notamment pour les familles et les jeunes visiteurs.
Préserver, comprendre, transmettre
La sauvegarde de la biodiversité en Poitou-Charentes n’est pas seulement une affaire d’experts ou de naturalistes : chacun peut agir. Préserver une mare, éviter de tondre trop tôt ou trop court, planter des haies, soutenir les associations de protection… Chaque geste compte. Dans un territoire où la nature est un héritage culturel autant qu’un patrimoine vivant, il est urgent de protéger ce qui peut encore l’être.
Préserver cette diversité, c’est préserver un paysage, une histoire… et la possibilité, pour les générations futures, de vivre en harmonie avec un environnement vibrant et vivant.




